Vie
de Marcel Conche
II. Des
éléments sur son oeuvre
Marcel Conche s’est fait connaître par des « essais
» dans trois directions.
II.1. Ses travaux d’histoire de la philosophie sont appréciés
de tous, par exemple ses éditions de Lucrèce ou d’Epicure.
Il a consacré de nombreuses études aux auteurs de l’Antiquité,
par exemple Pyrrhon et surtout les Antésocratiques, à
savoir Héraclite, Anaximandre et Parménide.
II.2. Ses réflexions morales traversent toute son oeuvre, depuis
Orientation Philosophique, en 1974, avec un moment fort dans son Fondement
de la morale, en 1982. Dernièrement, il résume sa position
sur la morale comme suit. Elle se fondera « sur le simple fait
que vous et moi pouvons dialoguer, et nous reconnaissons par là
même comme également capables de vérité et
ayant la même dignité d’êtres raisonnables
et libres. Et une telle morale, impliquée dans tout dialogue,
différente aussi bien des morales collectives que des éthiques
particulières, a bien un caractère universel, puisque
le dialogue avec n’importe quel homme est toujours possible, en
droit » .
II.3. Dès ses premiers ouvrages, il développe une philosophie
générale, une métaphysique, avec des études
sur Montaigne (1964 et 1987), La mort et la pensée (1974), le
temps et le destin (1980) ou encore l’aléatoire (1989).
Dans son naturalisme, il retrouve la pensée des Antésocratiques,
avec lesquels il ne cesse de dialoguer sur le Tout de la réalité,
en particulier dans sa Présence de la Nature (2001).
III. Son rapport avec le rationalisme
Le rapport entre philosophie et rationalité apparaît comme
une évidence à l’auteur, puisque, selon lui, tout
philosophe, digne de ce nom, s’inscrit sur une démarche
rationnelle. Si maintenant on définit le rationalisme comme la
défense de cette position, les écrits de Marcel Conche
apparaissent constants en la matière. Il oppose la Révélation
où une vérité est donnée immuablement à
la recherche d’une vérité - travail du philosophe
- en n’utilisant d’autre guide que la raison naturelle.
La philosophie, activité normale de l’homme, est ainsi
conçue comme une libération en soi-même du pouvoir
de la raison.
Cela lui permet de tendre vers une philosophie universelle, laquelle
ne vise pas seulement la morale (les droits de l’homme étant
déjà universellement reconnus), mais la métaphysique.
Dans ce sens il conçoit un « oecuménisme »philosophique,
sur le fond de ce qui s’offre à tous les hommes, à
savoir la Nature. Dans son dernier ouvrage, déjà cité,
il analyse des convergences de ce type entre Héraclite et Lao-Tseu.
D’où cette conclusion : « Est ‘oecuménique’
ce qui concerne tous les hommes, qui est universel.
L’oecuménisme
religieux est, semble-t-il, impossible. Le Catéchisme de l’Eglise
catholique dit qu’il faut ‘avoir conscience que ce projet
sacré, la réconciliation de tous les chrétiens
dans l’unité d’une seule et unique Eglise du Christ,
dépasse les forces et les capacités humaines’(Mane/Plon,
1992, § 822). Mais au contraire de l’oecuménisme religieux,
l’oecuménisme philosophique paraît possible. Car,
si le Dieu du monothéisme est un objet culturel et est donc relatif
à une culture particulière - judéo-islamo-chrétienne
-, la Nature est ce qui s’offre en toute évidence à
tous les hommes. Une philosophie de la Nature comme le Site ou l’Englobant
universels, doit pouvoir réaliser l’accord des esprits
» .
Deux points complémentaires pour étayer ma conclusion
personnelle :
- à deux reprises, j’ai cité le dernier livre
de mon ami Marcel Conche, Quelle philosophie pour demain ? (Paris,
PUF, 2003), dans lequel le lecteur pourra prendre connaissance de
nombre d’aspects essentiels de sa philosophie. Toutefois, il
me semble juste de renvoyer à l’ensemble de l’oeuvre
de ce philosophe si original et créatif. Voir sa bibliographie.
- Je
me permets aussi de mentionner le texte intitulé « Marcel
Conche : qui êtes-vous ? » de l’allocution que
j’ai prononcée à Toulouse en 1998 pour présenter
l’auteur à un public enthousiaste et nombreux du Grep
de plus de 500 personnes. Cette présentation introduisait à
une de ses conférences, « Le scepticisme et le sens de
la philosophie », qui fut publiée dans le N°
19/20 de Parcours, puis reprise dans "Le sens de la philosophie",
Encre marine, 1999.
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