GREP Midi Pyrénées

La Constitution européenne

 

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Serge Regourd

Professeur de droit à l’Université des sciences sociales de Toulouse

Joël Carreiras

Conseiller régional Midi-Pyrénées,

Directeur de laboratoire de recherche à l’Université des sciences sociales de Toulouse

 

 

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Joël Carreiras – Cette Constitution est un sujet qui défraye l’actualité depuis longtemps et c’est naturel parce qu’il est d’importance. Ce que je voudrais dire en introduction, avant d’aborder le traité lui-même, c’est qu’il faut le resituer dans son contexte politique. La question européenne s’inscrit dans un contexte mondial global et il faut l’envisager avec un regard suffisamment large pour bien en comprendre l’enjeu et le processus.

Le monde nouveau dans lequel on est, vous le savez tous, qui est celui de la mondialisation, de la globalisation, est fait à la fois de menaces, très fortes, qui n’ont pas de frontières, et aussi d’interdépendance, très fortes également, qui n’ont pas non plus de frontières. Interdépendances d’ailleurs dans lesquelles domine davantage les intérêts financiers que, malheureusement, les intérêts sociaux.

Et ce contexte mondial nouveau conduit à un constat qu’on peut tous faire, c’est celui du rétrécissement des marges de manœuvre nationales, si bien qu’une faille est en train s’installer entre ces questions nouvelles apportées par ce monde nouveaux et les moyens d’y répondre, qu’il s’agisse de la gouvernance de ce monde comme des réponses qui ont été apportées jusqu’à ce jour qui ont quand même été celles des États nations.

On se rend bien compte tous, intuitivement, je crois, que la démocratie, respirant dans le seul ordre de l’État nation, ne suffit plus, n’est plus tenable en soi, et que la logique qui a prévalu jusqu’à ce jour, la logique internationale de juxtaposition avec les organes qu’on connaît  et leurs déficiences, fait qu’on doit envisager les choses selon une logique beaucoup plus communautaire.

Le mot est lâché. L’Europe, c’est cette tentative de réponse. Une tentative, non pas inter-nationale, mais, j’ai envie de dire, une tentative alter-nationale. C’est ce qui fait son originalité et certainement la difficulté de sa lecture, de sa légitimité démocratique, liée à son histoire, mais liée aussi à cette tentative qui finalement à l’échelle mondiale est tout à fait originale. Au lieu de juxtaposer des intérêts, il s’agit de construire une communauté de projets. Et pour cela elle a utilisé une méthode.

Globalement cette méthode c’est la primauté du droit européen sur les droits nationaux, c’est la subsidiarité, c’est un principe de double légitimité, à la fois on reconnaît la légitimité des États mais en même temps la légitimité des peuples par le suffrage universel, et puis c’est enfin l’émergence d’un organe tiers, qui est censé réduire cet aspect interétatique et donner une dimension communautaire, je veux parler de l’instrument que représente la Commission européenne. Donc c’est un système original par son histoire et par ses formes.

Depuis 1957, il y a eu plusieurs traités. Et depuis le Traité de Rome, l’ensemble de ces traités a obéit à une logique économique. Il y a eu l’Acte unique, avec le marché intérieur, puis Maastricht avec l’Euro, Amsterdam avec l’impératif de stabilité économique. Et tout le monde, depuis très longtemps, depuis le premier échec de la CED en 1954, a bien conscience qu’il faut à tout cela un achèvement politique, parce que ces logiques économiques ne suffisent pas. Et l’approfondissement des marchés crée le besoin d’un intégration plus poussée, notamment sur le plan politique.

Et pour la première fois, c’est à cela qu’essaye de répondre ce traité. Il ne vise pas à créer une nouvelle dimension économique, il ne vise pas de nouveaux transferts de compétence, mais au contraire à marquer, à mon sens, une étape politique de la construction européenne.

Il marque trois progrès. D’abord il simplifie et codifie les textes, qui jusqu’à ce jour s’étaient sédimentés et avaient été pris un peu dans tous les secteurs, et il synthétise l’ensemble de tous les traités. Donc premier travail : simplification, codification. Deuxième travail : il refond l’architecture en fonction de l’élargissement de l’Europe à vingt-cinq, il refond l’union élargie. Et enfin, troisième travail : il fixe une étape politique et je crois que c’est le texte le plus politique depuis le traité de Rome.

Donc trois volets essentiels : un volet politique, institutionnel, qui apparente ce traité à l’ordre constitutionnel de l’organisation des pouvoirs ; un volet relatif à la charte des droits fondamentaux, donc aux valeurs ; et un volet, très important qualitativement, qui est le volet des politiques et qui est évidemment celui qui fait débat (y a-t-il sa place, n’y a-t-il pas place, que dit-il ?).

Bien sûr ce traité présente des difficultés, c’est naturel. Mais je pense que l’équilibre général de la construction européenne, telle qu’elle s’est faite jusqu’à ce jour, n’y est pas modifiée. Autant le dire dès le départ. Cet équilibre n’est pas modifié parce que je ne suis pas sûr qu’on puisse le résoudre facilement d’un seul coup de cuillère à pot. Il résulte d’une tension importante de la construction européenne : le fait qu’elle bute sur des frontières qui sont à la fois symboliques et matérielles. J’allais dire : la tension entre ce que l’on a, et ce que l’on est.

Ce que l’on a, c’est la gestion des acquis nationaux, sociaux, le partage de ce qui va être échangeable ; et ce que l’on est, ce sont les identités, les valeurs, les symboles mêmes de la nation et, en ce qui nous concerne, de la République. Ce que l’on a, on le voit bien : aujourd’hui, la logique de marché déstabilise les régimes sociaux. L’Europe oblige à rendre compatibles régime social et efforts de compétitivité. Une fois qu’on a dit ça, doit-on se résoudre à considérer qu’il y en a un qui se fait au détriment de l’autre ? Moi je suis de ceux qui pensent que les deux peuvent aller de pair. Il faut chercher cette compatibilité, ce chemin praticable entre progrès social  et compétitivité.

Vouloir l’Europe sociale ne peut pas signifier protéger notre propre régime social. Cela ne veut pas dire qu’il faut le revoir à la baisse. Cela veut tout simplement dire qu’envisager l’Europe sociale suppose aussi de savoir chausser des lunettes qui nous permettent de faire évoluer notre propre régime social, y compris dans le sens du progrès. Mais on ne peut vouloir la construction d’une Europe sociale sans poser la question de notre propre régime social dans l’insertion de cette Europe social. Trouver un chemin praticable entre, d’un côté, la sédimentation de règles libérales qu’on connaît à l’échelle européenne et même mondiale, et, de l’autre côté, une logique de syndic, de co-propriétaire qui voudrait  conserver les patrimoines de ses membres. Ça c’est ce que l’on a.

Et ce que l’on est, c’est notre héritage politique et culturel. Il remonte à la Révolution, mais aussi au Moyen Âge. C’est une souveraineté identifiée à l’État, puis à la nation. Et d’ailleurs, d’autres l’ont dit mieux que moi, il y a une continuité entre l’ancien régime et la Révolution et ce qui a suivi, c’est cette forme étatique d’unité du corps souverain : dans un cas c’était le roi, dans l’autre c’est la souveraineté nationale. Et cette forme de permanence historique aujourd’hui pose question dans le concert des nations et des impératifs de la globalisation.

Aujourd’hui, on arrive, je crois, à un seuil critique de cette construction européenne. Et face à ce seuil critique, plusieurs réponses sont possibles. Je vais essayer de m’en expliquer. Il s’agit d’un seuil critique entre d’un côté une construction de l’Europe qui a été technique et de l’autre côté un objectif d’union politique. Et il y a une crise de légitimité parce que les compétences politiques ont d’abord été transférées à une institution administrative, la Commission, chargée de veiller à un intérêt communautaire général au-delà des intérêts interétatiques et de la représentation parlementaire de l’Assemblée européenne. Donc une logique très procédurale, très administrative, très normative. Et il a un danger de rupture dans le compromis historique de cette construction entre d’un côté le volontarisme politique et de l’autre le libéralisme économique et politique qui fait évidemment nettement moins de place à la volonté politique. Et rupture de compromis également entre d’un côté les politiques communes et de l’autre côté l’ouverture des marchés qui est une des règles, aujourd’hui, de la construction européenne.

 Au nom de la maîtrise budgétaire on en arrive à remettre en cause des politiques communes, au nom de l’ouverture des marchés il y a un développement de réformes structurelles, si bien que par rapport à ces enjeux la réponse, à mon sens, n’est pas celle du refus simple et de la frilosité, mais au contraire de la construction d’un nouveau compromis entre la justice sociale et la liberté, entre l’intervention publique et le marché, bref un nouveau compromis entre les valeurs et les politiques.

Je pense que le traité y répond, mais il y répond partiellement. Et toute la question est de savoir si on engrange les acquis du partiel ou si au nom de la réponse partielle on refuse les acquis. Ce n’est pas un débat simple auquel on peut répondre simplement. Dans ce traité, il y a une charte des droits, il y a une reconnaissance des services publics, il y a des éléments horizontaux en matière sociale, il y a un peu de logique fédérale mais pas beaucoup, il y a une amorce de gouvernement économique mais on est encore loin du résultat, et il y a la réunification de l’Europe (je préfère dire réunification qu’élargissement). Tout cela me fait dire que avec tous ces éléments, qui ne sont pas des éléments achevés, ce traité n’est pas une étape finale mais qu’il contribue à manifester le fait  que nous sommes au début d’un processus de politisation de l’Europe.

Il y a aussi des avancées politiques dans ce traité :

-          un président du Conseil élu,

-          une responsabilité de la Commission (cette institution qu’on pourrait qualifier d’administrative) devant le Parlement,

-          la légalisation, la reconnaissance légale, de l’Euro-groupe dans la zone Euro, soit l’amorce d’un gouvernement économique (qui est encore loin, c’est vrai, de correspondre à ce qu’on souhaiterait pour permettre un pilotage de cette zone),

-          la création d’un ministre des Affaires étrangères, qui permet de marquer cette volonté de l’Europe de parler d’une seule voix en la matière,

-          un partage plus clair des compétences entre des domaines exclusifs, des domaines partagés, des domaines d’appui,

-          un renforcement du Parlement avec des procédures de co-décision, donc de démocratisation plus forte,

-          des co-décisions élargies entre le Parlement et le Conseil, notamment en matière budgétaire,

-          une extension du vote à la majorité qualifiée, qui nous approche un peu de la logique fédérale, l

-          l’intégration de la charte des droits fondamentaux,

-          l’assouplissement des coopérations à l’intérieur de l’Europe, qui peut permettre d’avoir des politiques particulières entre certains pays sans qu’elles soient soumises à l’accord de l’ensemble,

-          une légère modification des règles de révision, même si la règle de révision reste la même que celle des précédents traités sur le fond.

Bref, je crois qu’au final, ce qui me paraît important, c’est que l’Europe qu’on voudrait avec un modèle social qui soit peut-être en rupture par rapport à des logiques qu’on voit se développer aujourd’hui, celles du libéralisme économique, ce modèle social ne se gagnera pas par la vertu d’un seul traité. L’histoire elle-même nous le démontre. De la même manière que le progrès social en France n’a pas été gagné par la seule vertu de notre constitution, des révolutions politiques que nous avons été capables de mener, mais au contraire dans le cadre fixé de pouvoir y développer et d’y conquérir un certain nombre d’acquis.

Je crois que dans le traité il y a un socle de droits fondamentaux qui permettront, j’en suis sûr, de poursuivre te de prendre appui pour développer tout cela. On avait en France beaucoup d’exigences. Toutes les exigences n’ont pas été satisfaites, loin s’en faut. Faut-il pour autant parler d’un recul ? Peut-on parler de recul par rapport à des exigences ? Non.

C’est pourquoi je fais la différence entre l‘insatisfaisant et l’inacceptable. Je suis à la fois soulagé et déçu par ce traité Qui me semble insatisfaisant par bien des aspects mais qui ne me semble pas inacceptable. Et ce sera mon mot de conclusion. Je crois que chaque fois qu’on refuse d’avancer collectivement ce sont les logiques nationales qui l’emporte et je pense qu’aujourd’hui, par rapport aux besoins à la fois de ce monde, par rapport à l’Europe elle-même, ce dont nous avons besoin ce ne sont pas des logiques nationales mais bien d’une logique alternationale.

 

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Serge Regourd -  Joël Carreiras, finalement, n’a pratiquement pas parlé du contenu spécifique de cette constitution européenne. Et je le comprends ! S’il était un libéral échevelé il n’aurait aucune difficulté à faire son miel de ce texte qui est un texte ultralibéral. Mais il est dans une situation extrêmement difficile, puisqu’il prétend parler au nom de l’Europe sociale et que pour trouver des éléments d’Europe social ou de défense des services publics dans ce texte, c’est quasiment mission impossible.

Donc il est resté, et on ne peut pas lui en faire grief, au niveau de très grandes généralités, non pas sur la constitution européenne, mais sur l’idée de la construction de l’Europe en tant que telle, de manière abstraite, générale, allégorique, avec de temps en temps des éléments de type politique, et une conclusion dont le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’est pas vraiment enthousiaste. Il nous dit que cette constitution, finalement, n’est pas inacceptable. Dans un rapport affectif ou amoureux, si on dit « finalement je me marie avec toi parce que tu n’es pas inacceptable », c’est que vraiment la promise n’est pas particulièrement excitante.

Un texte non révisable

Il nous dit « ce n’est qu’une étape, on fera mieux demain ». Après 1957, on nous a déjà dit « ce sera mieux la prochaine fois ». Puis il y a eu l’Acte unique en 1986, et il s’en suivit uniquement des logiques de marché. « On fera mieux le prochain coup ». Et il y a eu Maastricht en 1992 et là Jacques Delors a dit « vous allez voir, si Maastricht passe, alors c’est sûr, ce sera l’Europe sociale ».

Et depuis, qu’est-ce qu’on voit ? Et bien tout ce que vous pouvez observer les uns et les autres : le démantèlement des services publics, la privatisation tous azimuts, les directives de libéralisation. C’est-à-dire qu’encore une fois on nous renvoie aux calendes grecques. On peut comme cela sacrifier encore deux ou trois générations. On en a déjà sacrifié tellement ! Même si on en sacrifie encore deux ou trois de plus, cela ira mieux demain…

À ceci près que ce texte ne pourra pas être révisé. Pour le réviser il faut l’unanimité des États. On dit que c’était vrai depuis les origines. Oui, mais en 1957 il y avait six États, qui avaient pratiquement tous le même niveau de développement et la même organisation. Aujourd’hui, la donne est totalement changée. Il y a vingt-cinq États, qui sont dans des situations totalement différentes les uns des autres, et demain vingt-sept, avec la Bulgarie et la Roumanie, des États qui ont payé cher l’acquisition de leur souveraineté et qui ne sont pas prêts à céder quoi que ce soit. Donc il n’y aura pas de révision. Et de ce point de vue-là on peut comprendre Giscard d’Estaing qui disait qu’avec ce texte en on avait au moins pour cinquante ans.

Je ne vais pas reprendre tout ce qu’a dit Joël Carreiras. Je voudrais simplement donner mon point de vue. Je suis professeur de droit, donc je vais le faire en juriste, et là je n’engage que moi-même, puisque contrairement à Joël Carreiras, je n’ai aucune appartenance ni politique ni syndicale, et je pense que ce que je vais dire, n’importe quel juriste de bonne fois vous le dirait. Simplement, un juriste libéral s’en réjouira et un juriste plus social, comme moi, ne pourra que le déplorer.

Un recul social

Quel est l’enjeu ? L’enjeu, c’est le démantèlement du modèle social qui caractérisait les pays d’Europe occidentale jusqu’ici. C’est ce que d’autres auraient appelé les ruses de la dialectique. On est aujourd’hui dans un discours tenu par certains au nom d’un certain modèle social, au moment même où ils participent activement au démantèlement systématique de ce même modèle social.

Ce modèle social c’était quoi ? Il ne s’agit pas d’évoquer des abstractions. Ce modèle social c’était que, contrairement par exemple aux États-Unis, l’Europe occidentale, qui a été bâtie sur des principes de démocratie libérale, d’économie de marché, d’économie capitaliste, avait conçu progressivement, à partir de la Troisième République, puis avec la Quatrième et de la Cinquième, et notamment avec le programme du Conseil National de la Résistance (qui a constitué une date importante), avait conçu donc que le Capitalisme devait être tempéré, que tout ne pouvait pas être livré au marché et qu’il y avait par nature un certain nombre d’activités qui, tout en se situant dans une organisation de type démo-libéral, devaient échapper à la logique du capitalisme, à la logique du marché. C’est ce qu’on appelé la mise hors marché d’un certain nombre d’activités, qu’on a elles-mêmes appelées les activités de service public.

Qu’est-ce qu’une activité de service public ? C’est une activité qu’on enlève à la logique ordinaire du marché parce qu’on considère qu’elle ne peut pas fonctionner sur la base de la rentabilité et du profit. Et c’est ainsi que, en France et dans tous les pays européens, ont été organisés sous forme des services publics des activités comme la santé, l’éducation, les services sociaux, mais aussi tous les grands services de réseau, c’est-à-dire la distribution de l’énergie, du gaz, de l’électricité, les transports ferroviaires, les télécommunications, etc.

Alors, lorsqu’on vous dit qu’il y a une conception du service public particulière à la France, un type de service public à la française, mais que, comme on n’est plus seuls et qu’il faut bien composer avec les vingt-quatre autres, on ne peut plus sauvegarder nos traditions, lorsqu’on vous dit cela, et bien c’est faux. Historiquement c’est parfaitement inexact. Dans tous les domaines que je viens d’évoquer, qu’il s’agisse du gaz, de l’électricité, des transports, de la communication, de la poste, partout, jusqu’à l’Europe des quinze, ces activités étaient organisées sous forme de services publics, dans le cadre d’entreprises publiques, le plus souvent en monopole. Dans le cadre de la propriété publique, il n’y a pas de singularité à la française.

Un texte ultralibéral

Et ce que l’Europe a fait depuis l’origine, c’est précisément de démanteler toutes ces logiques, par un long processus de libéralisation, de privatisation, d’ouverture systématique au marché, dans le cadre d’un droit qui est celui sur lequel est fondée l’Europe communautaire, le droit de la concurrence, d’une concurrence libre, non faussée et qui interdit les financements publics.

 Alors, lorsque Joël Carreiras nous dit que l’un des progrès de cette constitution c’est la construction d’une Europe politique qui dépasserait l’Europe simplement économique, le juriste que je suis vous dit, sans risque d’être démenti par aucun de mes collègues, que ce projet de constitution n’a dans le monde aucun équivalent, même dans les pays les plus libéraux, ni aux États-Unis, ni au Japon, ni en Suisse. Traditionnellement, les constitutions sont neutres, ce sont des textes relatifs à l’organisation des pouvoirs publics, c’est-à-dire au rapport entre l’exécutif et le législatif, au mode des scrutins électoraux, aux compétences des différents pouvoirs politiques, mais jamais elles ne définissent des choix politiques. Si on voulait trouver un précédent, ce sont les constitutions staliniennes, qui, effectivement, dans leur texte même, indiquaient des politiques de choix économiques.

Or, nous avons ici, et je peux le démontrer très longuement, un texte qui subordonne totalement le politique à des préceptes économiques. C’est la première fois que l’économique est intégré dans un texte constitutionnel. Et pas de l’économique abstrait : de l’économique au sens le plus libéral du terme et qui conditionne la validité de toutes les décisions publiques à une norme suprême qui est le marché ouvert, le marché libre, un marché où la concurrence est  libre et non faussée.

Lorsqu’on dit qu’on pourra éventuellement mener des politiques publiques qui seront affranchies des dispositions constitutionnelles, ce n’est pas vrai. La partie III, qu’a évoquée Joël Carreiras s’appelle précisément « des politiques de l’Union », et on y fixe un cadre précis à chacune des autorités, avec des dispositifs tels que « le Conseil et le Parlement européens devront tout faire pour faciliter la libre circulation des capitaux ».

Donc, c’est dans une logique entièrement libérale. Certains se sont amusés à compter les mots utilisés et il y a dans cette constitution tout un lexique qu’on ne retrouve jamais dans les constitutions. Le terme « banque » revient 176 fois, « marché » 88 fois, « concurrence libre et non faussée » 29 fois, « commerce libre » 38 fois,  « capitaux » 23 fois. On est dans une logique qui n’est nullement neutre, qui n’est pas une construction politique mais une subordination totale du projet politique à des préceptes économiques. On revient à une conception selon laquelle ce que les juristes appelaient « l’imperium », c’est-à-dire le politique, est totalement subordonné au « dominium », c’est-à-dire l’économique.

Cela signifie que les choix politiques des États ne seront plus libres. La constitution dit clairement qu’elle est « le droit élaboré par les institutions communautaires ». Ce droit a donc une valeur supérieure à l’ensemble des dispositifs juridiques nationaux. Cela signifie que ce qui est en cause ce n’est pas simplement les politique menées par l’Union elle-même, mais ce sont les choix politiques exercés par les États membres. D’ors et déjà à l’heure où je vous parle, à peu près 70 %, voir 80 % selon les législatures, des dispositifs législatifs adoptés dans les États membres ne sont que la conséquence ou la transposition des décisions communautaires, qui sont des le plus souvent directives édictées à Bruxelles.

Les choix des politiques publiques nationales sont donc totalement hypothéqués. D’ailleurs j’observe que souvent la classe politique ne se prive pas d’invoquer la responsabilité de Bruxelles et de l’Europe pour dire « nous on voudrait bien, mais ce n’est pas nous qui avons décidé ». Il n’y a pas de marges de manœuvre. Ce sont les contraintes extérieures, les contraintes européennes, qui nous obligent à privatiser ceci, à libéraliser cela, etc.

Mais je vais reprendre deux ou trois exemples.

Un texte confus

Joël Carreiras nous dit que l’un des mérites de cette constitution, hors l’aspect économique dont je viens de parler, c’est d’avoir simplifié et codifié les choses. Là encore, le juriste que je suis met au défi quiconque de trouver une constitution aussi illisible que celle-ci. Elle compte 448 articles ! C’est quinze fois la constitution française qui est une des plus longues en Europe. Et je passe sur les 39 déclarations, les 2 annexes et les 38 protocoles qui s’y ajoutent. La plupart des électeurs ne pourront jamais lire cette constitution.

J’ai passé des heures et des heures à la lire. Pour une raison très simple, c’est que je suis professeur de droit public et que je suis payé pour ça. Mais si je n’avais pas été payé pour ça, je vous assure que cent fois le stylo me serait  tombé des mains. Mais je me suis efforcé de lire attentivement chacune des dispositions, notamment pour des réunions comme celle-ci. Et chaque fois j’ai été effrayé de voir la différence entre ce qu’on veut faire dire à ce texte et ce qu’il dit. Très amicalement, très courtoisement et très gentiment, je dis que lorsque les libéraux, Alain Minc, Madelin, le baron Seillières, se retrouvent dans ce texte, c’est normal, cela ne me choque pas. Mais lorsque certains parlent de ce texte au nom de l’Europe sociale et de la préservation des services publics, je dis, et je pèse mes mots, que c’est une imposture politique.

Les différents reculs sociaux

J’ai relevé notamment, dans l’ouvrage de Dominique Strauss-Kahn, qui est partisan du oui, et dans ce qu’il a dit dans Le Nouvel Observateur, un certain nombre d’assertions qui sont totalement fausses, totalement erronées. Je vais les mentionner et je les développerai si vous le souhaitez. Vous allez voir le type d’arguments qu’il donne pour stigmatiser et décrédibiliser les gens qui proposent de voter non. C’est effrayant. La classe politique a peur que le peuple sache de quoi il retourne. Et on n’emploie pas des arguments rationnels : c’est un discours sur la peur.

Il dit aussi dans Le Nouvel Observateur du 11 novembre : « jamais un traité européen n’avait assigné à la construction européenne des objectifs aussi proches de ceux des socialistes ». Moi, je me dis : de quels socialistes s’agit-il ? Est-ce que ce sont des socialistes tendance  Seillières ou tendance Madelin ? Dans son bouquin il dit : « le projet de constitution européenne assure un statut protecteur des services publics, pour la première fois il y a une base légale aux services publics ». Faux ! Totalement faux. Il y a eu une tentative de donner une base légale qui n’a pas abouti. Cette indication est erronée. Voyez ce qu’il en est du service public rien que dans le droit commun d’aujourd’hui avec les résultats que l’on sait pour la poste : libéralisation totale en 2009, la loi vient d’être votée. Voilà la traduction de directives communautaires.

Autre argument : « la charte des droits fondamentaux, voilà un progrès ». Je vous dis, moi, que la charte des droits fondamentaux, au mieux est un leurre, et au pire une formidable régression. Ainsi, le droit au travail y est remplacé par « le droit de travailler » et « le droit de chercher un emploi ». Il ne manquerait plus que ça !

Troisième argument : « la constitution donne au Parlement plein pouvoir législatif et l’initiative des lois, c’est un progrès politique ». Faux. Non seulement le Parlement ne peut pas intervenir au début du processus, mais il n’est même pas le législateur in fine. C’est la Commission qui continue à avoir seule le monopole de l’initiative législative. Qu’est-ce qu’un législateur qui n’a même pas l’initiative des lois ? Dans les meilleures hypothèses le Parlement est en position de co-décision avec le Conseil des ministres, c’est-à-dire qu’au mieux il peut avoir un droit de veto et faire échouer une initiative. Il n’est même pas compétent en matière de budget s’agissant des recettes.

Autre argument : « la constitution européenne ne dit rien sur la mondialisation et sur l’orientation que  l’Europe doit prendre au regard de la mondialisation dans le cadre de l’OMC ». Faux : il y a un engagement de la constitution européenne de participer à la libéralisation totale du commerce mondial et à faciliter les investissements étrangers privés. C’est ce qui était à l’époque le projet AMI (l’Accord Multilatéral sur l’Investissement) que le retrait de la France a fait échouer sous le gouvernement Jospin. Les dispositions de l’AMI qu’on a viré par la porte rentrent par la fenêtre.

Autre argument, de Jack Lang celui-là, et je ne résiste pas de le citer parce que il y a longtemps que je sais que Jack Lang n’est pas ce qu’on fait de plus sérieux. Il a dit dans Libération il y a peu : « la victoire du non serait la victoire des USA et de George Bush, dire oui à la constitution c’est  plus que jamais dire à Bush que nous le laisserons pas faire, dire non c’est apporter un soutien de plus à ce fauteur de guerre et faire le jeu de l’impérialisme américain ». C’est scandaleux de dire cela puisqu’il est inscrit dans la constitution que toute la politique de sécurité et de défense collective est soumise à l’OTAN et que l’OTAN est jusqu’à nouvel ordre placé sous le commandement d’un officier américain qui est lui-même sous l’autorité hiérarchique du président des États-Unis qui s’appelle George Bush. Sur l’autonomie de l’Europe, il n’y a donc rien de plus inexact.

Et par ailleurs, lorsqu’on dit qu’il n’y a pas de recul de cette constitution par rapport aux textes précédents, voilà un exemple de recul manifeste, puisque cette question de la soumission en matière  de sécurité n’était prévue par aucun des traités précédents, ni Nice, ni Amsterdam, ni l’Acte unique. De la même manière encore, ce que j’ai dit tout à l’heure pour l’OMC n’était pas prévu par le traité de Nice. Cela a été rajouté après.

Autre exemple, qui concerne cette fois surtout les Verts. Certains d’entre eux ont avancé que  : « un million de citoyens pourront modifier la constitution ». Faux. Le droit de pétition est en effet prévu, mais c’est simplement un droit qui peut inviter la Commission à déposer un texte, et la Commission en fait exactement ce qu’elle veut. Mais surtout ce droit de pétition est prévu uniquement pour appliquer la constitution. C’est-à-dire qu’il ne s’agit pas d’un droit pétitionnaire qui pourrait éventuellement faire bouger le texte de la constitution elle-même, mais uniquement la faire mieux appliquer telle qu’elle est.

On pourrait multiplier les exemples de ce genre.

On ne peut pas non plus ne pas évoquer la formidable désinformation qui entoure ce projet de constitution. Si j’ai décidé de se mêler le plus activement possible de cette question bien que n’étant pas un militant, c’est que, pour moi qui m’intéresse aux media, je suis extrêmement choqué par le véritable ton de propagande qui est pratiqué par la plupart des grands media y compris les chaînes de service public, France Inter et France Culture pour ne pas les nommer, qui se livrent à dose quotidienne à une formidable désinformation.

Je voudrais maintenant revenir sur quelques éléments plus spécifiques.

Les services publics

Qu’en est-il en définitive des services publics ? On nous dit qu’il y a désormais dans la constitution des dispositions qui donnent une base légale à la question. D’abord cela ne s’appelle pas des services publics. Dans le cadre du droit communautaire, cela s’appelle « des services d’intérêts économiques généraux », et le cœur du régime juridique de ces services c’est qu’ils sont entièrement soumis au droit de la concurrence. Les services publics dans cette constitution sont purement dans une logique d’exception, de dérogation, c’est-à-dire qu’il y a un principe, qui est le droit de la concurrence, et une dérogation, qui fait que l’on tolère effectivement ces services d’intérêts économiques généraux dès lors que les entreprises chargés de cette mission « ne pourraient pas en droit ou en fait exercer leur mission du fait de l’application du droit de la concurrence ». Mais cette exception elle-même est accordée à condition « de ne pas perturber les échanges intracommunautaires ».

Alors on nous dit qu’il y aurait des bases pour aller plus loin. Cependant, il y a des années et des années que les groupe politiques de gauche réclament au sein de la construction communautaire ce qu’on appelle une directive-cadre sur les services d’intérêts économiques généraux. Ils n’ont jamais pu l’obtenir. Parce que la Commission n’en veut pas. Il n’y a même pas de définition juridique de ces « services d’intérêts économiques généraux » qui sont les seuls pris en compte par le projet de constitution.

Il existe pourtant par ailleurs ce qu’on appelle des SIG (des Services d’Intérêts Généraux) qui, eux, ne seraient pas à portée économique. Pourquoi est-ce que la Commission ne veut pas de directive-cadre ou à l’avenir de loi-cadre ? Pour une raison très simple, c’est que la notion de « services d’intérêts économiques généraux », qui sont totalement soumis à la concurrence, a une aptitude à intégrer la totalité des activités que nous attribuons aujourd’hui aux « services publics ».

Question simple : est-ce que la santé, la culture ou l’éducation peuvent tomber dans le cadre des services d’intérêts économiques généraux soumis au droit de la concurrence ? La réponse est probablement : oui. Toutes les évolutions, notamment jurisprudentielles, ne donnent strictement aucune garantie dès lors qu’il y a un marché, dès lors qu’il y a des possibilités d’intérêts économiques et dès lors que nous ne sommes pas dans des logiques de gratuité et des prérogatives strictes de puissance publique du type sécurité, justice ou défense nationale, potentiellement on est dans le domaine des services d’intérêts économiques généraux qui peuvent être totalement libéralisés. Et c’est quoi les services d’intérêts économiques généraux ? C’est tout ce qu’on a dit tout à l’heure. Alors voyons : télécommunications, entièrement libéralisé, les postes, totalement libéralisé à échéance 2009, et le gaz, et l’électricité, et les transports.

Autre élément : les États membres, dans peu de temps n’auront même plus le choix du mode de gestion des activités que l’on dit de service public. Il y a, depuis 1996 sur le bureau de la Commission, un projet de règlement en matière de transports qui, s’il était adopté, aurait des effets dans tous les autres domaines et qui ne permettrait plus, tenez-vous bien, aux collectivités territoriales d’organiser un service public en régie. Il y a précisément en ce moment un débat à Toulouse sur le mode de gestion des transports publics. La philosophie de la Commission c’est de considérer que tout relève du marché, que tout relève de la concurrence, y compris les activités dites d’intérêts économiques généraux, et que si une collectivité veut organiser cette activité sous forme de régie, il faudrait qu’elle se mette elle-même en concurrence avec les groupes privés.

Imaginez : je suis une commune, et bien je ne peux même plus organiser directement une collecte des ordures ménagères, il faudra que je me mette en concurrence avec les filiales des grands groupes de service urbain. C’est absolument grotesque.

Un mot de la directive Bolkenstein. Je peux vous en donner les fondements dans le projet de constitution. Ce projet de directive n’a pas été totalement évacué. Il est remis sur la table et il sera certainement réexaminé, parce qu’il va au-delà des logiques de libération disons « normales ». C’est finalement une caricature de ce que la libéralisation pourrait être. Mais sur le terrain de l’ouverture des marchés et de la concurrence libre et non faussée, il n’y a pas de différence de nature entre ce projet de directive et ce qui est déjà dans le projet de constitution.

Je fais des cours sur le projet Bolkenstein depuis un an et personne n’en parlait. Simplement aujourd’hui, la classe  politique a vu que cette directive faisait de plus en plus de bruit. Alors on a pris peur qu’on y assimile le projet de constitution tout entier et pour rassurer on a dit : voyez on est pour la constitution mais on refuse la directive parce qu’on est contre un excès comme celui-là. Le statut des services publics est, encore une fois, totalement mis en pièce par le projet de constitution européenne.

Dans le domaine des dépenses publiques, également, il n’y a pas de rupture dans la constitution par rapport au droit antérieur. C’est la prohibition des aides d’État, la prohibition des financements publics, puisque toute aide d’État, tout financement public est évidemment de nature à fausser la concurrence. Et comme le maître-mot en matière de concurrence, c’est que la concurrence doit être libre et non faussée, on interdit les subventions publiques, sauf dans des cas dérogatoires très particuliers qui sont énumérés.

D’ailleurs il est intéressant de voir que, en creux, la constitution européenne manifeste ce que doivent rester les compétences des États. Et en fait c’est quoi ? C’est essentiellement les compétences régaliennes, du type défense nationale, ordre public, etc. C’est à un point tel que c’est très étonnant, car la constitution est un projet totalement libéral et monétariste, entièrement fondé sur les logiques du pacte de stabilité monétaire, et où tous les domaines de financement publics et de budgets publics sont placés sous contrôle, sauf que, article I, 44, 3 : « les États s’engagent à améliorer progressivement leur capacités militaires ». Il est même créé une agence pour le développement des acquisitions d’armement. Le seul domaine dans lequel on est laxiste sur le terrain des budgets publics, c’est dans le domaine de l’armement.

Sur le terrain de l’organisation politique et démocratique non plus il n’y a pas de rupture dans le libéralisme de la constitution. La Commission est un organe composé de hauts fonctionnaires totalement indépendants des États, mais nullement indépendants des grands lobbies et des grandes multinationales privées. Mario Monti, Pascal Lamy, Romano Prodi et autres, sont membres de diverses structures de concertation des grandes multinationales, qu’il s’agisse de la Commission trilatérale ou qu’il s’agisse des plus gros regroupements de lobbying. Il y a un rapport permanent avec les grands intérêts économiques. Le Parlement n’est pas devenu un véritable législateur. Quant au droit de pétition, c’est une forme de gadget qui n’oblige à rien et s’il aboutissait à quelque chose ce serait uniquement pour  appliquer la constitution. J’ai dit tout cela.

Les droits fondamentaux

Sur la charte des droits fondamentaux, j’ai évoqué l’exemple du droit du travail. En gros ce qu’il faut ajouter, c’est que dans toutes les constitutions nationales postérieures à la deuxième guerre mondiale, conformément à la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 et des différents pactes internationaux de 1966, la conception qui prévalait en matière de liberté c’était ce qu’on appelle une conception des droits-créance. Ce ne sont pas des libertés au sens libéral comme aux États-Unis. Des droits-créance cela suppose que chaque individu a le droit d’obtenir de la puissance publique un certain nombre de prestations : le droit au logement, le droit au travail. Et lorsque ces droits ne sont pas réalisables, ou pas obtenus, c’est une nécessité pour la puissance publique d’en compenser l’impossibilité en donnant, par exemple, un travail ou un logement à ceux qui en manquent. D’où les allocations chômage, les allocations au logement, etc.

Toutes ces conceptions de droits-créance ont totalement disparu de la charte des droits fondamentaux de la constitution européenne, qui est très en retrait, contrairement à ce que l’on dit, sur les constitutions nationales et sur les grands textes internationaux, puisqu’on y revient à une conception essentiellement libérale. Ainsi en matière d’éducation, article II, 74, il est dit : « toute personne a droit à l’éducation . Mais tout de suite après il est précisé : « ce droit comporte la faculté de suivre gratuitement l’enseignement obligatoire ». Cela veut dire que l’on n’est plus du tout dans la logique de l’enseignement obligatoire et gratuit qui est un droit. On a seulement le droit, il ne manquerait plus que cela, d’accéder à des prestations en matière d’éducation mais il n’y a aucune précision quant aux modalités selon lesquelles cela peut fonctionner.

D’ailleurs le plus souvent, le texte dit : « l’union reconnaît et respecte », ce qui n’engage strictement à rien. Et le plus souvent aussi, les articles se terminent par : « dans le cadre de la conformité à la constitution ». C’est-à-dire qu’en réalité ces différents droits sont reconnus dès lors qu’ils sont conformes aux grands mécanismes libéraux de la constitution.

Il y a même de véritables gags. Article II, 88 : « on reconnaît le droit de grève », mais alors rigoureusement dans les mêmes termes : « pour les travailleurs et les employeurs ». Qu’est-ce qu’une grève des employeurs ? En droit social cela s’appelle le lock-out et c’est interdit.

La Laïcité

Il y a d’autres domaines que je n’ai pas évoqués, tels que la laïcité. On peut se poser un certain nombre de questions sur le devenir des principes laïques qui figurent dans la constitution. Dès le préambule, il nous est dit que l’Union européenne s’inspire notamment « des héritages religieux de l’Europe » ; mais, article I, 52, que l’Union « maintient un dialogue permanent  ouvert transparent avec les Églises » ; et article II, 70 qu’il y a « liberté de manifester sa religion individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’accomplissement des rites ». On voit bien que dans ces conditions le débat sur le voile islamique n’est plus possible.

 Certes, notre Conseil constitutionnel a considéré qu’il n’y avait pas contradiction entre le droit et cette disposition, pour une raison très simple : c’est que si le Conseil constitutionnel avait admis que cette disposition était contraire au principe de la laïcité, il aurait fallu, dans le cadre de la révision de notre constitution, faire sauter dès l’article premier le caractère laïque de la République. Vous imaginez, en termes d’image et de communication, l’effet explosif que cela aurait eu. Au reste, le Conseil constitutionnel s’en lave les mains, puisque s’il y a contestation, ce n’est pas lui qui sera compétent, mais la Cours de Justice de la Communauté.

Je vous remercie.

 

*

Débat

 

Un auditeur – Je voudrais faire quatre remarques. Premièrement, il ne s’agit pas d’une constitution mais d’un traité constitutionnel. Ce qui change beaucoup de choses, et notamment le nombre d’articles ou le mode d’élaboration. Un professeur de droit public devrait savoir ça. Ensuite, concernant l’initiative des lois, dans la constitution de la Vème République, le Parlement a l’initiative des lois, mais il y a très peu de propositions de lois du Parlement qui aboutissent. N’aboutissent que les projets de loi du gouvernement. Donc il n’y a pas de changement. Troisièmement, sur la laïcité    (bref passage inaudible) … Et quatrièmement, sur la souveraineté nationale et le service public. La souveraineté des États a été créée au Moyen Âge et c’est le pouvoir dire non à l’extérieur et à l’intérieur. C’est le service de police et de l’armée. Mais où est la souveraineté aujourd’hui dans le service des transports publics quand le président Bush interdit à tout avion décollant de Paris d’atterrir à New York s’il n’y a pas des policiers en civil à bord ? Ou quand le plan comptable américain s’applique de facto à toutes les sociétés civiles ? Il faudrait aller un peu vers la philosophie politique et vous rendre compte qu’on a changé de société et que les souverainetés nationales, c’est dépassé, et qu’il faut réfléchir à autre chose. Je pense que cette constitution, avec tous les défauts qu’elle a, est une avancée.

Serge Regourd – Je trouve votre intervention assez pathétique, parce que tous les professeurs de droit disent la même chose. Ce n’est pas moi qui appelle cela une constitution, c’est notamment depuis le début, le principal rédacteur, qui s’appelle Monsieur Giscard d’Estaing, et si vous aviez lu le texte vous auriez vu que le mot constitution y est employé trente fois. C’est un peu ridicule.

Qu’est-ce qu’une constitution ? C’est l’acte suprême de l’ordre juridique. Le texte dont il s’agit ici est un texte qui par définition est supérieur aux constitutions nationales et qui procède à des transferts de compétence depuis les États-nations, qui seraient des entités fédérées, vers l’État central. Aucun traité ne procède à des répartitions de ce type. On peut toujours épiloguer, mais formellement ou matériellement, les juristes considèrent que ce texte, étant supérieur aux constitutions nationales et étant relatif à l’organisation d’institutions de type public, il répond bien à l’identification d’une constitution. Et c’est en ces termes que le texte raisonne et que la convention qui a procédé à sa rédaction a travaillé.

Là où vous avez raison, et c’est ce que j’ai dit depuis le début, c’est que nous sommes en présence d’une constitution très particulière, puisque normalement une constitution traite uniquement de répartition de compétence entre l’exécutif, le législatif ou le judiciaire, et que, ici, nous sommes en présence d’un objet juridique mal identifié, dont une partie importante est relative à des politiques fondées sur des préceptes économiques, ce qui ne relève en effet nullement du périmètre traditionnel d’une constitution.

Sur la laïcité, la loi de 1905 ce n’est pas la tolérance de toutes les religions, c’est la distinction entre l’espace public et l’espace privé. La laïcité c’est que chacun fait dans l’espace privé ce qu’il veut, peut avoir sa religion, et que dans l’espace public la puissance publique ne peut pas financer les religions.

Quant à votre dernière question, je n’ai pas compris. Vous parlez de souveraineté en matière de transport. Ce n’est pas du tout un problème que j’ai évoqué. Ce que j’ai dit c’est que des collectivités locales ne pourraient pas organiser des services de transport en régie. Une commune n’a pas de souveraineté. La souveraineté ne peut être que le fait des État. Vous avez mélangé les choses.

 

Joël Carreiras – Je dirais, quant à moi, que ce texte est plus qu’un traité et moins qu’une constitution. À l’origine, c’est vrai, Giscard a fait un rêve. Il croyait n’avoir que deux volets à sa constitution, à la limite un seul, même, le premier : sur les aspects d’organisation du pouvoir et des institutions de l’Europe. C’est ce qui est propre à toutes les constitutions. Mais il se trouve que à la convention, les forces de gauche ont demandé que l’on mette plus, pour pouvoir inscrire de nouveaux acquis dans le traité et instaurer un rapport de force. Après on pense ce que l’on veut sur la quantité et l’importance de ces acquis, mais quand je parlais tout à l’heure de simplification et de codification, ce n’était pas sur le nombre d’articles, c’était sur le fait que c’est la reprise de tous les traités existants, avec les aspects institutionnels, les aspects politiques et cette charte des droits fondamentaux.

Il ne faut pas oublier que la déclaration des droits de l’homme, même la France ne l’a inscrite dans sa constitution qu’en 1971. C’est en quelque sorte ici le même procédé, et on fait de cette charte des droits fondamentaux un principe général du droit. Pour un constitutionnaliste, ça parle un principe général du droit. Ce n’est pas rien. Et cette charte, même si les droits sont peut-être minimes par rapport à ce qu’on souhaiterait, sont en tous cas justiciables à l’échelle européenne. Et c’est un élément qui est important.

Alors, est-ce que c’est un traité ou est-ce que c’est une constitution ? Elle nous indique l’objet mais elle n’épuise pas le projet. Une constitution, c’est une nation et c’est peuple. L’Europe ce n’est pas une nation et ce n’est pas un peuple. Et il n’y a pas de structure étatique. Il n’y a donc pas de correspondance possible. Dans certaines traditions politiques on parlera de constitution. Mais c et à ce moment-là certains pays n’ont pas de constitution en Europe.

Il ne faut se laisser abuser par le langage. Soit on dit que c’est une constitution parce que les auteurs disent que c’est une constitution, et à ce moment-là ce qu’on considère comme un principe général du droit est un véritable principe général du droit, soit on dit que c’est un traité et on le traite comme un traité. Le droit international dit que quand il y a accord entre des États, c’est obligatoirement un traité. C’est la forme juridique. Qui plus est, il ne peut être dénoncé qu’à l’unanimité. C’est la logique du droit international.

Après, on peut réfléchir sur la logique de révision, sur les mécanismes et les assouplissements de la logique de révision. C’est normal que le droit international stipule qu’il faille l’unanimité  entre les États qui se sont liés par un traité. Cela paraît juridiquement légitime. Que dans ce cadre-là il puisse avoir des dispositifs de révision partielle, ce n’était pas possible jusqu’à aujourd’hui, et cela va le devenir désormais. Depuis 1957 les traités ont été révisé tous les quatre ans. Bien sûr il y a à chaque fois des clés. Et c’est la clé de l’unanimité pour certaines choses, et pas pour d’autres. Dans la IIIème partie qui relève des politiques, par exemple, il y a des domaines dans lesquels ce n’est pas l’unanimité. Il y a des domaines de coopération renforcée qui sont aussi élargis. Ce n’est pas la panacée.

Je ne suis pas en train de dire qu’avec ce traité nous avons tout rééquilibré. Et je n’userai pas d’un argument d’autorité scientifique, fût-il juridique, pour considérer que je puis avoir simplement un avis sur cette question qui est que ce traité, par rapport à l’équilibre de l’Europe telle qu’elle s’est faite jusqu’à ce jour, n’est pas un traité de rupture. Cela fait, par exemple, des années que les gens se battent pour qu’il y ait une directive-cadre sur les services publics. Avec ce traité ce ne sera plus une directive-cadre, ce sera une loi. La possibilité légale est offerte de faire une loi qui définisse le service d’intérêt généra.

Mais tout l’enjeu c’est le contenu de cette loi, de la même manière que tout l’enjeu de ce traité constitutionnel c’est quel contenu on donne au cadre constitutionnel. Je crois que notre propre histoire à nous, républicains, toute l’histoire de nos propres institutions, a démontré que tous les cadres, aussi coercitifs qu’ils soient, aussi protecteurs du droit de propriété, de la liberté du commerce, de la liberté d’entreprendre qu’ils aient été, n’ont jamais empêché que nous soyons capables de nationaliser, d’avoir des services publics forts, de développer des acquis sociaux et d’introduire des préambules à la constitution.

Au-delà de ces aspects juridiques et institutionnels, il y a aussi la question des rapports de force, la question sociale au cœur de cette construction européenne, même si c’est vrai que ce traité n’est pas à l’image de ce que nous aurions voulu nous. Il est à l’image d’un compromis par rapport à l’état dans lequel se trouve l’Europe aujourd’hui et l’état de ce rapport de force. Si on le refuse, se pose la question de la construction européenne elle-même et un tas d’élément qu’a évoqués Serge Regours, sur lesquels je serais d’accord politiquement, ne relèvent pas de ce traité, mais relèvent de la construction historique de l’Europe. Alors si c’est ça dont il est question, ne parlons pas de ce traité, parlons du traité de Rome.

 

Un auditeur – Je ne pose pas de questions à Serge Regourd, parce que je suis tout à fait d’accord avec lui, mais à Joël Carreiras et aux autres gens de gauche qui veulent voter oui. Car je ne les comprends pas.

Il y a une expression de Joël Carreiras qui m’a plu : il a comparé le fonctionnement de l’État à celui d’un syndic de copropriété. C’est exact. J’ai lu ce traité avec des amis et pour se rendre compte il faut aller jusqu’aux annexes. Et je me suis rendu compte que c’est exactement semblable à l’un de ces contrats d’assurance ou de copropriété dans lesquels il faut aller jusqu’au bout pour voir qu’on est coincé et qu’on ne peut ni modifier ni obtenir quoique ce soit.

Je comprends bien l’esprit des libéraux comme Giscard d’Estaing, qui ont voulu renforcer, institutionnaliser la concurrence, mais je ne comprends pas qu’ils n’aient pas fait quelque chose qui protège l’Europe des faiblesses du marché. Car le Japon, les États-Unis, protègent remarquablement leurs institutions, leur marché, leur propriété.

Sur ce projet, nous n’avons jamais été interrogés depuis 1957, et on nous demande tout d’un coup notre avis. Pour la première fois. Et je ne comprends pas qu’il y ait des démocrates de gauche qui votent oui.

 

Un auditeur – Je suis un démocrate de gauche et je voterai oui. Je vais m’adresser au professeur de droit public parce que je suis de ceux qui ont fait l’effort de lire ce texte  et je reconnais que c’est pénible.

Je suis frappé des raccourcis que vous avez utilisés pour caricaturer ce qui vous arrangeait. Je prendrai deux exemples. Le premier c’est celui de la défense. C’est facile de tracer un tableau caricatural de la situation et de stigmatiser les efforts de création d’une défense européenne. Que le traité permette de progresser un peu dans ce sens, je ne vois pas comment on pourrait le regretter.

Deuxième point, vous avez dit, et cela me paraît surprenant, que le traité mettait cette défense européenne naissante sous contrôle de l’OTAN. C’est faux. Vous avez utiliser cinquante fois le mot faux dans votre  exposé et j’ai le regret de vous dire que là c’est faux. Il est dit simplement que les pays qui sont membres de l’OTAN ont le droit de le rester, et comme tous les pays européens actuellement sont membres de l’OTAN ou quasiment, cela va de soi. C’est tout.

 

Serge Regourd – Je ne vais même pas répondre. Pour que tout le monde puisse savoir, je vous lis le texte : « Les engagements et la coopération dans ce domaine demeurent conformes aux engagements souscrits au sein de l’Organisation de l’Atlantique Nord qui reste pour les États qui en sont membres le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre ». Chacun interprétera comme il voudra.

 

Un auditeur – Je suis universitaire en retraite et j’ai fondé le Centre de Recherche et de Documentation européenne  à la fin des années 60. Pour vous donner une idée, en 1958, quand on a commencé l’application du traité de Rome, j’avais vingt ans. C’est donc déjà une longue histoire.

Je m’étonne que pour les compétences de l’Union, première partie titre 3, vous n’ayez pas parlé des trois principes essentiels qui font réfléchir utilement et qui doivent s’appliquer utilement : le principe d’attribution, le principe de subsidiarité, le principe de proportionnalité.

Sur la directive Bolkenstein. J’ai relu l’article il y a un petit problème, mais il faudrait approfondir parce qu’il y a un flou pour la phase transitoire. Mais l’application de la directive est exclue : on doit appliquer la législation du pays d’accueil. C’est dans la constitution.

Quand à l’OTAN, cela me fait rire. Mettez-vous une seconde à la place des Polonais. Ils font partie de l’OTAN et ils ont la trouille. Ils ne seraient pas défendus par l’Europe tant qu’il n’y a pas une armée européenne minimale.

Sur les valeurs universelles, on reprend toute une série de choses importantes et vous n’en parlez pas. Ce que vous avez dit est très insuffisant.

Mais ce que je voudrais simplement vous dire, c’est que votre vision est très franchouillarde. Nous sommes déjà à vingt-cinq, bientôt à vingt-sept. Ce texte a été négocié à vingt-cinq. Ce qui est très important c’est la construction et la consolidation de la paix. Sur ce terrain il y a un acquis formidable en Europe et il s’agit de continuer.

 

Un auditeur – Ce texte, très pénible à lire et très long, est-il démocratique ? Voilà le problème. Mon « non » à moi sera un « non » très fort. Est-ce que c’est légitime, ce qui a été écrit dans ce texte ? Est-ce qu’on est pas en-deça du principe démocratique ? Je ne parle pas de la constitution française ou de la constitution américaine. Je parle de Montesquieu, de la notion même de démocratie, de l’espace politique. C’est ça mon problème. Et c’est pour ça que le débat devient très vite violent. D’un côté il y a un acte de foi, et on ne veut pas voir ce qui est écrit. La question n’est pas de savoir si ce texte est bon ou n’est pas bon, s’il est libéral ou pas libéral, ou socialiste, ou n’importe quoi. Il devrait simplement être démocratique.

Et c’est là le problème de cette constitution (qui s’appelle elle-même constitution à chaque ligne) : c’est son mode d’adoption. Ce mode d’adoption cela va être des traités interétatiques. Le lendemain du jour où le traité est signé par les vingt-cinq États membres vous aurez la nouvelle constitution. Puisque le texte le dit lui-même : je suis constitution.

Donc faites attention à ces masques. Ce n’est pas des traités que l’on signe. Un certain nombre d’initiateurs, quand je lis le texte c’est frappant, veulent nous faire écrire le contraire de ce que l’on pense. Je n’ai pas un avis très favorable sur la constitution des États-Unis, je n’en sais rien. Sur la Vème République il y aurait des tas de choses à modifier. Mais je ne me sens pas hors citoyenneté dans le cadre de la Vème République. Cela reste une constitution démocratique, malgré les critiques et les gueulantes qu’on a beau y faire.

Or ce texte-ci, il nie la politique, il nie l’espace public, il nie la possibilité, à l’intérieur d’un cadre institutionnel donné qui rassemble l’écrasante majorité de peuples, de choisir une politique plutôt à gauche, plutôt à droite, plutôt au milieu, plutôt tout ce que vous voulez. C’est pour ça qu’il est temps de dire non et vous pouvez encore dire non. Parce que si vous signer, vous les politiques, en disant oui, c’est la fin de votre propre existence en politique.

Parce que si vous la signez cette non-existence, après, vous ne ferez plus que de l’administration des choses. Comprenez-le. Et les peuples ne suivront pas, à un moment donné, et les vrais classes politiques, quand la politique va resurgir, vous ne pourrez pas y être. Si vous croyez que cette constitution nous protège des excursions nationalistes, des excursions guerrières, vous vous trompez.

Les politiques ne doivent pas accepter cette constitution. Ils doivent la refaire, ils doivent la retravailler. Vite. Et c’est au peuple aujourd’hui à dire aux politiques : faites gaffe ! Cette constitution est en-deçà du minimum démocratique. Elle est la négation de l’espace public et du politique.

 

Une auditrice - J’ai appris il y a huit jours qu’il y avait une directive Bolkenstein, je ne le savais même pas. Mais il y a une chose que je voudrais savoir : est-ce que cette constitution, si elle est adoptée par les Français, va se substituer à notre constitution à nous, ou non ?

Ensuite, je trouve qu’il est lamentable qu’il y ait eu aussi peu de débat pour informer les citoyens, que personne dans les partis politiques ne se soit levé pour dire « il faut qu’on discute ensemble ! » Comment voulez-vous que nous nous y retrouvions ? On va se retrouver coincés et on n’aura même plus le droit de dire non.

 

Serge Regourd – La réponse est relativement simple. Les constitutions des États membres restent valables. Simplement elles sont subordonnés à la constitution européenne. La constitution européenne est l’acte suprême qui s’impose sur tout autre acte juridique. Les constitutions nationales non seulement sont subordonnées à la constitution européenne mais également à l’ensemble du droit  communautaire, y compris du droit dérivé. Le B-A-BA du droit, c’est une logique de hiérarchie des normes. C’est-à-dire que la norme inférieure ne disparaît pas nécessairement, mais elle doit être conforme à la norme supérieure.

Par ailleurs, il y a plusieurs domaines de compétences. Il y a d’une part des compétences exclusives, qui sont par exemple tout le droit de la concurrence, et dans ce domaine seule l’Union est compétente et il n’y a plus de compétence des États membres, y compris dans les négociations commerciales internationales. Il y a ensuite des domaines de compétences partagées, qui sont énumérées dans la constitution, et dans ces domaines, joue une subsidiarité à l’envers, c’est-à-dire que les États membres ne peuvent prendre de décisions que dès lors que l’Union n’en aurait pas pris. Et, troisième élément, il y a des domaines d’appui, qui ne sont ni domaines de compétences exclusives ni domaines de compétences partagées, mais d’appui et de coordination. C’est notamment le domaine de la culture. Et là joue à plein la subsidiarité.