POLITIQUE et TELEVISION

Mme Coulomb

Conférence organisée au Lycée Ozenne par le Grep-Junior

14 Avril 2003

 

INTRODUCTION : POLITIQUE ET MEDIATISATION

 

- Avant d'entrer directement dans le vif du sujet et de parler des problèmes -mais pas seulement- posés par la médiatisation télévisuelle de la politique -voire du politique, j'aimerais en guise d'introduction poser la question de la médiatisation de la politique, ce qui sera l'occasion de remonter dans le temps (rappelez-vous la formule de Goethe : « celui qui ne sait pas tirer les leçons de 3000 ans vit au jour le jour ») et d'opérer une mise en perspective de la médiatisation télévisuelle de la politique. Ce qui permettra peut-être d'éviter de considérer comme radicalement nouveaux des phénomènes en fait beaucoup plus anciens.

- Principe de base : il n'y a pas de politique sans communication, pas de politique sans médiatisation, pas de politique sans médias. Qu'est-ce qu'un média ? C'est «tout moyen de communication naturel ou technique qui assure la transmission d'un message». «Naturel» ou «technique» : cela signifie qu'avant l'invention des «techniques de communication» - Internet, presse, radio, télévision ou autres-, la communication politique passait par d'autres moyens ; lesquels? Le contact direct, les discussions, la présence sur le terrain, etc. L'évolution de la communication politique dans le temps est bien sûr en grande partie liée à cet aspect technique.

I. BREVE HISTOIRE DE LA COMMUNICATION POLITIQUE

 

- Dans la Grèce ancienne : Démosthène, dit-on, s'exerçait à parler avec des cailloux sous la langue et devant la mer en furie pour s'efforcer à la clarté et s'habituer à parler devant un auditoire le plus hostile possible. Ces précautions rappellent l'importance de la présence physique de l'orateur face à la foule, de ce qu'Aristote appelait 1' « ethos », du corps. Par l'image et le son, la télévision permet aujourd'hui de renouer en partie, même si c'est sur le mode du leurre, avec cette prégnance physique déterminante dans la communication politique dans la Grèce ancienne.

 

- Dans la Rome ancienne : Cicéron reprend et adapte les principes de la rhétorique grecque, ce qui rappelle à notre attention le caractère toujours très construit des interventions orales des politiques (mais aussi des juristes, etc.) : pour être efficaces, c'est à dire convaincre le public, ces interventions doivent être rigoureusement organisées et argumentées

Peut-être vous rappelez-vous aussi de La guerre de Gaules de Jules César ; peut-être avez-vous même eu l'occasion d'en lire ou d'en traduire des extraits. Ce livre qu'on aborde aujourd'hui comme un livre d'histoire a été conçu à l'époque par son auteur comme devant servir à des fins politiques, à des fins de propagande électorale. La tradition est restée et les livres aujourd'hui écrits par nos hommes politiques (Chirac, Jospin, etc.) ne sont pas dissociables de cette ambition électoraliste. Il semble d'ailleurs que la France soit un peu particulière à ce niveau : l'écrit, le livre, y est si légitimé sur le plan culturel qu'il est presque inenvisageable pour un responsable politique de ne pas être aussi un peu écrivain, ou en tout cas écrivant...

Vous connaissez tous l'expression « Panem et circenses » : du pain et des jeux ; pour convaincre son électoral, il ne suffit pas de tenir des beaux discours, et les Romains en avaient conscience autant nos hommes politiques d'aujourd'hui. 11 leur fallait aussi « entretenir le peuple enjeux et en ébats » dira Machiavel quelques siècles plus tard, pointant lui aussi cette dimension démagogique de l'activité électoraliste.

 

-l'Ancien Régime : Nous sommes dans un régime monarchique, une monarchie absolue, ce qui limite les nécessités de la communication politique ou plus exactement limite la nécessité de convaincre ceux qu'on n'appelle pas encore les citoyens et qui ne sont jamais que des sujets. L'arsenal communicationnel des gouvernants existait néanmoins et tenait en grande partie -même si pas seulement- dans des éléments de type symbolique. Cette opération symbolique se cristallise autour du personnage du roi et l'incarnation qu'il permet favorise les symboles imagés dont l'effigie royale est le meilleur exemple, effigie que l'on retrouve par exemple sur les pièces de monnaies et dont la circulation assure une communication assez large. La couronne qui le coiffe, le sceptre et la main de justice qu'il tient, les lis de son manteau sont autant d'expressions métonymiques de sa personne et métaphoriques de sa fonction qui font l'objet d'une exploitation sur le plan de la communication politique. La société d'Ancien régime ne méconnaît cependant pas ce qu'on appellerait aujourd'hui les médias de masse puisque la presse y fait ses débuts. Je pense ici à La Gazette de Renaudot, sous Louis XIV. Celle-ci a été fondée en 1631 et constitue l'organe de propagande officiel du pouvoir royal. Louis XIV prit par ailleurs Renaudot comme «conseiller personnel», nul doute que son titre serait aujourd'hui celui de «conseiller en communication».

'Si LE politique désigne un mode d'exercice du pouvoir et le moyen d'assurer la longévité d'un ordre social, LApolitique en revanche renvoie à un ensemble de pratiques relevant DU politique et se joue davantage sur le court terme.

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